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L’objet du mois d’avril 2022 :

Moule à œufs de Pâques en chocolat

Moule Inv. 12030. Photos Pierre Cattelain


Moule : L : 10 cm ; L : 30,6 cm ; ep : 2 cm ; masse : 890 g

Œufs : L : 4,9 cm ; l max : 2,9 cm

Don Monique Wuidart-Schartz, 2020. Achat en brocante 

Claire Bellier, Conservateur honoraire du Musée du Malgré-Tout, Treignes

Pierre Cattelain, Conservateur de l'Écomusée du Viroin


Le moule en métal, porte sur un de ses longs côtés le cachet de son fabricant, la société allemande Anton Reiche, installée à Dresden en 1886 et spécialisée en fabrication de moules et emballages en tôle. Premier fabricant allemand de boîtes de conserve en couleur, c’est la fabrication de moules en fer blanc pour le chocolat qui garantira son succès. 


Reprise par les fils d’Anton à son décès en 1913, cette usine sera la plus importante d’Allemagne, dans son secteur, jusqu’à la Second Guerre mondiale. Expropriée après la guerre par le gouvernement de la RDA (ex-Allemagne de l’Est), sa production de moules à chocolat se poursuivra jusqu’en 1991, année de sa disparition.


Sur ce même côté, apparaît un autre cachet, imprimé en creux dans le métal : le nom G. Deheack-Delbaere, qui nous ramène en Flandre, du côté de Gand. Georges Dehaeck, fils de confiseur, suit les traces de son père et fonde en 1925, avec sa jeune femme Alice Delbaere, une entreprise qui deviendra un important fabricant de produits semi-finis pour les grands pâtissiers, glaciers et chefs cuisiniers (maintenant reprise par l’entreprise Castelein de Ninove). 

Georges Dehaeck, d'après https://www.dehaeckdelbaere.be/nl/

Détail du moule inv. 12030. Photo Pierre Cattelain.

Ce moule est divisé en 6 rangées de 3 demi-moules. Les 18 demi-œufs en chocolat sortiront décorés, en relief, d’un lapin, ou d’un lièvre, au vu de la longueur de ses pattes arrières, entouré d’une guirlande. Il est représenté de face, dansant sur ses pattes arrières, et jonglant avec 4 œufs de Pâques.

Mais pourquoi un lièvre/lapin sur des œufs de Pâques ?

Le lapin de Pâques serait apparu en Allemagne. En effet, dès 1682, Georg Franck von Franckenau mentionne, dans son ouvrage De ovis paschalibus, une tradition allemande concernant l’Osterhase (lièvre de Pâques) qui apportait dans son panier des œufs peints, des friandises et parfois des jouets aux enfants sages. Au sein des communautés luthériennes, il aurait joué le rôle du juge, évaluant si les enfants avaient ou non été sages pendant le Carême, à la manière de Saint Nicolas le 6 décembre ou de l’Enfant Jésus à Noël. Cette tradition a vraisemblablement suivi les Allemands protestants lorsqu’ils ont émigré au XVIIIe siècle en Pennsylvanie hollandaise et s’est ainsi diffusée plus largement dans le monde anglo-saxon nord-américain. Le lièvre de Pâques apporte également les œufs à Pâques dans le Grand Est français, largement marqué par des traditions germaniques, alors que ce sont plus largement les cloches qui se chargent de ce travail dans le reste de la France, ainsi qu’en Belgique et en Italie.

Un lapin, des œufs colorés et un perce-neige sur une carte postale de vœux à l'occasion de la

fête chrétienne de Pâques, début du XXe siècle, USA. © Creative Commons

Et pourquoi des œufs de Pâques ?

Œufs de Pâques (pisanki) peints. Ukraine.© Creative Commons

L’œuf est un symbole de fertilité depuis l’Antiquité qui persiste dans l’Occident médiéval. Il serait associé à Pâques au Moyen Age, quand l’Église Catholique interdit sa consommation pendant le Carême qui démarre le Mercredi des Cendres, au lendemain du Mardi-Gras. En effet, dès le IVe siècle, l’Église impose un jeûne strict pendant lequel toute nourriture animale était, entre autres, interdite, ce qui s’étend aux œufs puisqu’ils donnent naissance à un animal…


Les œufs, à nouveau autorisés à partir du dimanche pascal, faisaient donc largement partie des plats de fête et auraient très tôt été décorés. Les Protestants, bien qu’ils aient rejeté la pratique catholique du jeûne, ont conservé la tradition de manger des œufs colorés à Pâques, une manière d’amener le printemps dans les foyers. De nombreux chrétiens orthodoxes teintent leurs œufs en rouge, couleur du sang du Christ sacrifié, ou en vert comme le nouveau feuillage printanier. La décoration des œufs à Pâques est un art traditionnel présent dans de nombreux pays d’Europe centrale et orientale dont l’Ukraine (connu sous le nom de pysanky) où il précèderait la christianisation. Et nul besoin de colorants artificiels : pelures d’oignons et carottes, ou fleurs de souci, teindront en orange, curcuma, safran ou plus simplement feuilles de bouleau et fleurs d’ortie ou de camomille donneront du jaune. Le rouge sera obtenu avec la betterave, de l’écorce de pommier ou des fleurs d’hibiscus, tandis que le vert du Printemps nécessitera simplement des épinards ou du persil. 

Et le chocolat dans tout ça ?

Introduit en Espagne au XVIe siècle par Cortès, le chocolat se diffusera lentement en Europe, d’abord consommé sous forme de boisson, le chocolat chaud. C’est au début du XVIIIe siècle que l’on parviendra à extraire le beurre de cacao qui va permettre de créer un chocolat qui reste dur et peut-être ainsi l’idée de vider les œufs et de les remplir de chocolat, afin de doublement marquer la fin du Carême. Mais il faudra attendre la révolution industrielle du XIXe siècle et le développement à la fois des techniques de travail de la pâte de cacao et des moules pour voir apparaître les œufs entièrement en chocolat, pour plus grand plaisir des petits et grands, encore aujourd’hui…


Alors, Joyeuses Pâques à tous !

Œuf de Pâque en chocolat. © Wikimedia Commons, photo Myrabella

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