Chargement en cours...

L'objet du mois de janvier 2022 :

Un micro-sabot fève, en porcelaine rouge

Pierre Cattelain, conservateur de l'Écomusée du Viroin


Un micro-sabot fève, en porcelaine rouge


Le Sucre Rouge, 2020

Longueur : 3,35 cm ; largeur : 1,18 cm ; épaisseur : 1,23 cm.

Acquis par Pierre Cattelain avec la galette à la frangipane qui la contenait à la Boulangerie-pâtisserie artisanale Au Pétrin 1900, à Vireux-Molhain, France

Don Pierre Cattelain, inv. 12174.



La Galette des Rois

La Galette des Rois est toujours liée aujourd'hui à l'Épiphanie, fête chrétienne, célébrant la visite et l'hommage des Rois Mages, Balthazar, Gaspard et Melchior, à Jésus, encore dans sa crèche de Bethléem. Actuellement, elle se fête le 6 janvier, mais peut aussi se fêter le deuxième dimanche après Noël, c'est-à-dire le premier dimanche qui suit le Jour de l'An. Chez les Chrétiens orthodoxes, ce jour est appelé la Théophanie et correspond parfois à la célébration du Nouvel An.


Depuis le Moyen Âge, en Belgique, France et Suisse, la fête est marquée par le partage d'une pâtisserie, galette ou gâteau des rois, contenant une fève. Celle ou celui qui trouve la fève dans la part qu'il a reçue est proclamé Reine ou Roi de la journée et pourvu d'une couronne.


Au départ, dans nos régions, ce gâteau, rond ou en étoile, était confectionné en pâte briochée et garni de sucre et de raisins. Maintenant, il s'agit presque toujours d'un gâteau en pâte feuilletée à la frangipane. À l'origine, il était farci d'une véritable fève symbolisant le germe de l'année nouvelle et le renouveau de la nature. À défaut, il était remplacé par une noisette ou un morceau de noix, sur laquelle il y avait peu de risque de se casser une dent. À partir du XIXe siècle, ces modestes inclusions sont progressivement remplacées par des petits sujets en porcelaine, puis dans la seconde moitié du XXe siècle, en résine synthétique. Au début, les thèmes des sujets étaient chrétiens : Enfant Jésus, personnages de la crèche, figures de Saints... et petits sabots, liés eux aussi à la fête de Noël. Aujourd'hui, les fèves, quelle que soit leur matière, déclinent des thèmes plus laïques, de Darth Vader aux maillots de l'équipe de France. Sic transit gloria mundi !



En parlant latin ou de latin, la tradition de notre gâteau des rois est bien antérieure à l'avènement du Christianisme et est déjà partie prenante du "paganisme" romain. Il trouve sans doute son origine dans les Saturnales, fêtes qui se placent dans la semaine qui précède le solstice d'hiver, soit du 18 au 21 décembre sous Auguste, puis du 15 au 21 décembre sous Dioclétien. Pendant ces fêtes organisées en l'honneur de Saturne, accompagnées de banquets et magnificence, établissant une communication avec le monde des morts dans une ambiance de paix, les esclaves jouissent d'une apparente et provisoire liberté. L'ordre hiérarchique des hommes et la logique des choses sont inversés de façon parodique et provisoire : l'autorité des maîtres sur les esclaves est suspendue. Ces derniers ont le droit de parler et d'agir sans contrainte, sont libres de critiquer les défauts de leur maître, de jouer contre eux, de se faire servir par eux. Les tribunaux et les écoles sont en vacances et les exécutions interdites, le travail cesse. On fabrique et on offre de petits présents (saturnalia et sigillaricia).





©Christophe - Doucet Vandemoon

Lisons ce qu'en dit Macrobe, écrivain, philosophe et philologue latin de la seconde moitié du IVe siècle apr. J.-C. : Quant aux Saturnales, il paraît, d'après les causes qu'on assigne à leur origine, qu'elles sont plus anciennes que la ville de Rome : si bien que L. Accius, dans les vers suivants de ses Annales, rapporte que cette solennité avait déjà commencé d'être célébrée en Grèce avant la fondation de Rome : Une très grande partie des Grecs, et principalement les Athéniens, célèbrent en l'honneur de Saturne des fêtes qu'ils appellent Cronia. Ils célèbrent ces jours à la ville et à la campagne, par de joyeux festins, dans lesquels chacun sert ses esclaves. Nous faisons de même; et c'est d'eux que nous est venue la coutume que les maîtres, en ce jour, mangent avec les esclaves (Saturnales, Livre I, Chapitre 7).


Au cours du banquet, au sein de chaque grande familia, les Romains utilisaient la fève d’un gâteau pour tirer au sort le « Saturnalicius princeps » (prince des Saturnales ou du désordre). Ce « roi d’un jour » disposait du pouvoir d’exaucer tous ses désirs pendant la journée (comme donner des ordres à son maître) avant de retourner à sa vie servile. Cela permettait de resserrer les affections domestiques. Pour assurer la distribution aléatoire des parts de galette, il était de coutume que le plus jeune se place sous la table et nomme le bénéficiaire de la part qui était désignée par la personne chargée du service.

Références :

Cattelain P. – 2020. Sabots ! une histoire... artisanale, culturelle, folklorique, légendaire, ouvrière, paysanne, populaire. Treignes, Éd. DIRE : 244 p.

Watteyne D. & Van de Voorde V. - 2017. Regards sur le Patrimoine Oral et Immatériel de Wallonie. Treignes, Éd. DIRE : 96 p.



L'objet du mois de décembre 2021 : Le Four à pain de la Ferme-château de Treignes et les cougnoux

VOIR ARTICLE

L'objet du mois de novembre 2021 : La cuisinière- jouet des Fonderies & Forges St-Joseph de Couvin, de 1921-1922

VOIR ARTICLE

L'objet du mois d'octobre 2021 :

La raquette Donnay de mon père

VOIR ARTICLE